Trois nombres, une échelle qui double à chaque classe, et une question que l’on se pose rarement : d’où vient le résultat.
Un code ISO 4406 tel que 18/16/13 figure sur la plupart des rapports d’analyse d’huile hydraulique. On sait le lire en surface ; on sait moins d’où il vient. Or ce code n’est pas une propriété de l’huile : c’est le résultat d’une chaîne qui part du point de prélèvement, passe par le flacon, la préparation de l’échantillon, la méthode de comptage et l’étalonnage de l’instrument. Chaque maillon peut déplacer le résultat. Cette page explique comment lire le code, comment fixer une cible réaliste pour un équipement, et pourquoi deux mesures de la même huile ne donnent pas toujours le même code.
ISO 4406 est la norme internationale qui code la contamination d’un fluide hydraulique par les particules solides. Le code comporte trois nombres, qui indiquent chacun une plage de concentration de particules par millilitre au-delà d’une taille donnée. Chaque nombre désigne une plage, et non une valeur : gagner une classe, c’est diviser par deux le nombre de particules.
L’édition en vigueur est ISO 4406:2021 (4e édition). Elle ne dit pas comment compter : elle renvoie pour cela à d’autres normes, selon que l’on utilise un compteur automatique, un moniteur installé sur le circuit ou un microscope. Elle ne dit pas non plus quelle classe viser : c’est l’objet d’une autre norme, présentée plus bas.
Dans la pratique, le même code sert de langage commun bien au-delà de l’hydraulique, pour la plupart des circuits d’huile filtrée : lubrification de paliers, turbines, réducteurs. Encore faut-il s’entendre sur la façon dont le nombre a été obtenu.
Chaque nombre renvoie à une ligne du tableau d’attribution de la norme. Le premier porte sur les particules de 4 µm(c) et plus, le deuxième sur celles de 6 µm(c) et plus, le troisième sur celles de 14 µm(c) et plus. Les comptages sont cumulés : une particule de 20 µm est comptée dans les trois nombres.
Prenons l’exemple que donne la norme elle-même, 22/18/13 :
La progression est géométrique. Les bornes du tableau doublent d’une classe à la suivante (40, 80, 160, 320, 640…), avec quelques arrondis : après 640 vient 1 300 et non 1 280. Passer de 18 à 17 sur le deuxième nombre ne réduit pas la contamination de 5 % : cela la divise par deux. À l’inverse, une huile qui passe de 16 à 19 contient environ huit fois plus de particules.
Autre conséquence : deux huiles à 1 400 et 2 400 particules par millilitre sont toutes deux notées 18, alors qu’à 2 400 et 2 600 elles sont notées 18 et 19. Une variation d’une classe entre deux prélèvements doit donc être confirmée avant d’agir ; une dérive qui se prolonge sur plusieurs prélèvements est un signal.
| Classe | Plus de (particules/mL) | Au plus (particules/mL) |
|---|---|---|
| > 28 | 2 500 000 | — |
| 28 | 1 300 000 | 2 500 000 |
| 27 | 640 000 | 1 300 000 |
| 26 | 320 000 | 640 000 |
| 25 | 160 000 | 320 000 |
| 24 | 80 000 | 160 000 |
| 23 | 40 000 | 80 000 |
| 22 | 20 000 | 40 000 |
| 21 | 10 000 | 20 000 |
| 20 | 5 000 | 10 000 |
| 19 | 2 500 | 5 000 |
| 18 | 1 300 | 2 500 |
| 17 | 640 | 1 300 |
| 16 | 320 | 640 |
| 15 | 160 | 320 |
| 14 | 80 | 160 |
| 13 | 40 | 80 |
| 12 | 20 | 40 |
| 11 | 10 | 20 |
| 10 | 5 | 10 |
| 9 | 2,5 | 5 |
| 8 | 1,3 | 2,5 |
| 7 | 0,64 | 1,3 |
| 6 | 0,32 | 0,64 |
| 5 | 0,16 | 0,32 |
| 4 | 0,08 | 0,16 |
| 3 | 0,04 | 0,08 |
| 2 | 0,02 | 0,04 |
| 1 | 0,01 | 0,02 |
| 0 | 0 | 0,01 |
Source : ISO 4406:2021, tableau 1 d’attribution des classes. La norme précise que la reproductibilité est affectée par le nombre réel de particules comptées en dessous de la classe 8, et recommande un comptage brut de plus de 20 particules.
Pour un comptage automatique, les trois seuils sont 4 µm(c), 6 µm(c) et 14 µm(c). Le suffixe (c) signifie que la taille est mesurée par un compteur étalonné selon ISO 11171, ou par un moniteur étalonné selon ISO 21018-3 ou ISO 21018-4. Pour un comptage au microscope, le code ne comporte que deux nombres, à 5 µm et 15 µm.
Ces seuils ont une histoire. La norme indique que 6 µm(c) et 14 µm(c) correspondent aux tailles de 5 µm et 15 µm de sa première édition, qui n’en comportait que deux. Le changement de désignation traduit un changement de la méthode d’étalonnage des compteurs automatiques, désormais définie par ISO 11171 (édition 2022 en vigueur), et non un changement de ce que l’on cherche à mesurer. Le seuil de 4 µm(c) a été introduit en même temps, dans l’édition de 1999, pour les particules fines.
Conséquence pratique : un résultat noté avec le suffixe (c) et un résultat ancien sans suffixe ne se comparent pas directement : l’échelle de taille n’est pas la même. Par ailleurs, les trois nombres lus ensemble renseignent sur la forme de la distribution. Un premier nombre élevé et un troisième bas évoquent une population dominée par les fines ; un troisième nombre anormalement proche du deuxième signale une proportion inhabituelle de grosses particules, qu’il faut examiner.
Le code, en revanche, ne dit rien de la nature des particules : il compte, il n’identifie pas. Une classe 18 sur le deuxième nombre peut venir de poussière entrée par un reniflard comme d’un début d’usure d’engrenage. Pour le savoir, il faut regarder les particules elles-mêmes : c’est ce que fait un compteur de particules par imagerie directe, qui photographie chaque particule et classe celles de plus de 20 µm selon leur forme (coupe, glissement, fatigue, non métallique, fibres, eau, bulles).
Il n’existe pas de classe universelle. La cible dépend du composant le plus sensible du circuit, des conditions de service, de la criticité de la machine et du coût d’une panne. La démarche normalisée pour la fixer est décrite dans ISO 12669, qui définit une méthode de détermination du niveau de propreté requis (RCL) d’un système, exprimé en code ISO 4406.
Elle couvre les circuits hydrauliques et de lubrification. Sa logique se résume en cinq étapes :
Nous ne reproduisons pas ici de tableau « type d’équipement → classe visée ». Ceux qui circulent proviennent de documents commerciaux et leurs valeurs varient d’une source à l’autre. La préconisation écrite du constructeur de votre équipement prime sur toute valeur générique.
Parce que le code dépend autant de la façon dont on a prélevé l’échantillon et compté les particules que de l’huile elle-même. La méthode de comptage, l’étalonnage du compteur, le point et la technique de prélèvement, la propreté du flacon, la présence d’eau ou d’air et l’homogénéisation avant mesure peuvent chacun déplacer le résultat.
La méthode de comptage. Un compteur automatique par extinction de lumière (ISO 11500), un moniteur installé sur le circuit (ISO 21018-4 pour l’extinction de lumière, ISO 21018-3 pour le colmatage de filtre), un comptage au microscope après filtration sur membrane (ISO 4407, révisée en 2025) ou un instrument d’imagerie ne voient pas les particules de la même façon. Le microscope ne donne d’ailleurs que deux nombres. Comparer deux codes obtenus par deux méthodes, c’est comparer deux instruments.
L’étalonnage. Pour un compteur automatique, la taille « 4 µm(c) » n’a de sens que par rapport à l’étalonnage ISO 11171. Un étalonnage qui a dérivé décale toute la distribution, donc les trois nombres à la fois.
Le point de prélèvement. ISO 4021 privilégie le prélèvement sur une conduite principale d’un circuit en fonctionnement ; le prélèvement en réservoir n’est prévu qu’à défaut. Un échantillon pris au fond d’un réservoir ou juste après un filtre ne décrit pas le même circuit.
La purge et le flacon. Les premiers millilitres qui sortent d’une vanne de prélèvement entraînent les particules accumulées dans le raccord : il faut les purger avant de remplir le flacon. Le flacon lui-même apporte ses particules s’il est mal nettoyé ; c’est pourquoi ISO 3722 définit une méthode de qualification du nettoyage des flacons.
L’eau libre et les bulles d’air. Un compteur optique voit une gouttelette d’eau ou une bulle comme une particule. Le code d’une huile aérée ou humide ne dit rien de sa charge solide. Certaines méthodes, comme ASTM D7647, emploient une dilution destinée à neutraliser cette contribution. Les compteurs à imagerie directe (ASTM D7596) procèdent autrement : ils reconnaissent à leur forme les gouttelettes d’eau et les bulles de plus de 20 µm et les retirent du comptage, sur une huile non diluée. En dessous de cette taille, la distinction n’est pas faite.
L’homogénéisation. Les particules sédimentent dans le flacon entre le prélèvement et la mesure. Mesuré sans agitation, le flacon sous-estime les grosses particules ; agité puis mesuré trop vite, il compte des bulles.
Conclusion : un code ISO 4406 n’a de sens que comparé à lui-même, avec la même méthode, le même point de prélèvement et, autant que possible, le même opérateur. C’est la tendance qui renseigne. Les technologies de comptage, et ce que chacune voit ou ne voit pas, sont détaillées dans notre article Comptage de particules dans l’huile : quatre technologies comparées.
Dans l’industrie, en Europe comme ailleurs, ISO 4406 est le référentiel courant pour exprimer la propreté d’une huile hydraulique ou de lubrification. SAE AS 4059 est la classification de l’aéronautique. NAS 1638 est un référentiel plus ancien que l’on rencontre encore dans d’anciens cahiers des charges.
SAE AS 4059 est publiée par SAE International ; la révision en vigueur est AS4059G, parue en novembre 2022. Elle définit des classes et des niveaux de contamination particulaire des fluides hydrauliques. SAE indique que sa classification s’appuie sur le système de NAS 1638 et fournit des indications de passage entre les deux.
NAS 1638 reste cité par continuité avec d’anciennes spécifications ; AS 4059 a été conçue pour lui succéder.
Faut-il convertir ? Nous déconseillons les tables de correspondance entre ISO 4406 et NAS 1638 qui circulent. Les échelles sont construites différemment : tailles de référence, mode de comptage, volume de référence. Selon la forme de sa distribution, une même huile tombe ou non dans des classes présentées comme « équivalentes ». Si un cahier des charges impose un référentiel, demandez le résultat directement dans ce référentiel, que la plupart des logiciels de comptage restituent, plutôt que de convertir après coup.
Par la filtration et par la maîtrise des entrées de pollution. La mesure ne nettoie rien : elle dit où l’on en est et si l’action engagée a produit un effet. Compter plus souvent n’améliore aucune classe : seule une action sur la source des particules, ou sur leur élimination, le fait.
Reste le dernier point, qui est notre sujet : vérifier par la mesure. Mesurer avant et après une action (changement d’éléments filtrants, filtration hors ligne, remplacement d’un reniflard) est la seule façon de savoir si elle a servi. Cette mesure a d’autant plus de valeur qu’elle est rapide et répétée au même point. C’est l’intérêt d’un compteur installé sur le site : le compteur de particules par imagerie LaserNet, que nous distribuons, rend le code ISO 4406 en quelques minutes sur 5 à 30 mL d’huile non diluée, et indique en même temps la forme des grosses particules, ce qui aide à distinguer une pollution venue de l’extérieur d’une usure interne. Il s’agit d’une mesure de suivi de tendance, pas d’un résultat de laboratoire accrédité. Le choix entre une mesure sur site et une mesure en laboratoire est traité dans notre comparatif analyse d’huile sur site ou en laboratoire ; la place du comptage dans un programme complet est décrite dans notre guide de l’analyse d’huile industrielle.
Chaque nombre désigne une classe de concentration, en particules par millilitre. Le premier porte sur les particules de 4 µm(c) et plus, le deuxième sur celles de 6 µm(c) et plus, le troisième sur celles de 14 µm(c) et plus. Chaque classe correspond à une plage : 18, par exemple, signifie plus de 1 300 et au plus 2 500 particules par millilitre.
Environ deux fois moins. Les bornes du tableau ISO 4406 doublent d’une classe à la suivante, avec quelques arrondis. Descendre d’une classe revient donc à diviser le nombre de particules par deux, descendre de trois classes à le diviser par huit environ. C’est pourquoi gagner une seule classe demande en général une action réelle sur la filtration ou sur les entrées de pollution.
La norme est rédigée pour les fluides hydrauliques, mais son code sert couramment pour d’autres huiles filtrées, dont les huiles de turbine et de lubrification ; ISO 12669 couvre d’ailleurs les circuits de lubrification. Sur une huile d’engrenages visqueuse ou chargée, la mesure devient plus délicate : l’échantillon peut demander une préparation particulière, et la cible dépend fortement de l’application.
Oui, dès que le circuit a une cible de propreté. Une huile neuve n’est pas forcément propre : elle a été stockée, transvasée, transportée. La mesurer à réception permet de filtrer ou de refuser un lot avant qu’il ne pollue un circuit propre, et fournit une référence pour la suite. L’échantillon doit être prélevé dans des conditions maîtrisées, flacon propre compris.
Ce sont deux échelles construites différemment. ISO 4406 exprime trois concentrations cumulées par millilitre, au-delà de 4, 6 et 14 µm(c). NAS 1638 est un référentiel plus ancien, issu de l’aéronautique, auquel SAE AS 4059 a succédé. Les tables de conversion entre les deux ne sont qu’approximatives : mieux vaut obtenir le résultat directement dans le référentiel demandé.
Non. Le code donne une concentration par classe de taille, pas une nature. Deux huiles au même code peuvent être polluées par de la poussière extérieure ou par des débris d’usure. Pour identifier l’origine, on complète le comptage par une analyse de forme des particules, par imagerie directe (ASTM D7596), ou par une analyse des métaux d’usure.
Et sur votre huile, que mesurerait le LaserNet ?
Envoyez-nous un échantillon : nous le passons sur le compteur de particules LaserNet et vous renvoyons le code ISO 4406, la répartition des particules par forme et notre lecture du résultat. Vous jugez l’instrument sur vos propres fluides, avant de décider quoi que ce soit, sans engagement.